Le picatharte se déplace silencieusement par bonds de grande amplitude un peu à la manière des merles, la plupart du temps au sol, se perchant parfois sur des branches cassées, des anses de liane, entre 1 m et 1,50 m du sol, jamais à plus de 3 mètres. Une fois perché et si aucun danger n'est pressenti, il procède à sa toilette, se lissant longuement les plumes. Tous les arrêts sont mis à profit pour parfaire son aspect qu'il maintient ainsi très soigné. Le reste du temps, il manifeste une activité fébrile, ses déplacements sont incessants et il demeure très attentif au milieu dans lequel il évolue. Il gratte parfois le sol pour piquer çà et là de petits invertébrés. Il n'utilise que rarement ses courtes ailes et ne le fait que lorsqu'il y est obligé : pour fuir un danger ou pour traverser un espace dégagé. Avant de s'engager en terrain découvert où il est très vulnérable, craignant notamment l'autour à longue queue (Urotriorcus macrourus), il prend soin d'effectuer une longue halte pendant laquelle il observe attentivement toute la zone à franchir.
Sa vue est excellente et bien adaptée à la pénombre du sous-bois. Dès qu'un indice suspect est détecté, il s'immobilise; son extrême attention lui fait immédiatement découvrir un observateur à l'affût, même bien dissimulé. L'oiseau prend alors toute une série de postures amusantes (photo ci dessus et ci dessous) : il se dresse sur ses longues pattes, tend son cou pour mieux voir et tourne la tête pour observer d'un oeil puis de l'autre. Ensuite, il quitte son poste d'observation et se dirige par petits bonds vers l'observateur qui ne tardera pas à perdre la trace de l'oiseau, tellement ce dernier sait utiliser le couvert de la végétation pour masquer sa progression. |
L'animal ira discrètement se dissimuler derrière un obstacle, buisson épais ou rocher, où il restera pendant des heures, revenant voir de temps en temps si le gêneur est toujours là. Quand l'oiseau n'est pas familiarisé avec les hommes, au bout de quelques minutes, rassuré par l'immobilité de l'intrus et poussé par sa grande curiosité, il procédera à une véritable danse d'observation. Voletant en cercles, de liane en liane, il contournera l'observateur de son vol lourd et bruyant, les pattes pendantes, le cou tendu vers le bas. Son aspect est alors assez maladroit et peu gracieux. A chaque station sur une liane, il émet une sorte de souffle "chchuuu", gonflant la gorge, hérissant les plumes situées à la base du cou. Puis il resserrera le cercle et au deuxième ou au troisième tour, il fera à nouveau une pause pour observer. Il est arrivé que les deux oiseaux d'un couple procèdent ensemble à cette danse en cercle. Sa curiosité satisfaite, l'animal prendra le chemin du nid mais hésitera longtemps encore à le rejoindre. Soudain, il se décidera et d'un bond très brusque, il sautera sur le bord du nid. Par la suite, le picatharte ne manifestera plus d'inquiétude face à l'observateur mais sa curiosité le poussera à s'approcher parfois à moins de trois mètres. Il se lassera à la longue et témoignera autant d'indifférence à l'intrus qu'aux nombreuses chauves-souris qui peuplent la cavité où il a bâti son nid et qu'il dérange souvent par ses mouvements, déclenchant leur envol à chacun de ses passages.