Le picatharte, comme les hirondelles,
construit un nid de boue séchée toujours collé aux rochers: plafond
ou paroi d'une cavité rocheuse qui peut être soit une grotte soit
un simple surplomb rocheux. Les rochers qu'il fréquente sont situés
dans des lieux sombres, à l'abri des grands arbres. L'humidité ambiante
y est toujours importante et sur 13 sites connus, 5 avaient un ruisseau
à proximité immédiate, les autres à plus de 200 m à vol d'oiseau.
On peut noter que, sans exception, les nids sont bâtis sur des parois
sèches en permanence. La pénombre est très recherchée par l'oiseau.
Les nids construits à l'intérieur des grottes ont la coupe tournée
vers la sortie utilisée par les adultes; un rideau de lianes masque
la plupart du temps ceux qui sont sous des surplombs rocheux.
Sur 13 des sites découverts, 12 présentent un seul nid
en bon état avec parfois des vestiges de nid sur d'autres parois. Un seul
site présente 2 nids très semblables et en bon état, distants de 1, 60
m et aménagés simultanément. Dans tous les cas la structure est la même
: boue séchée, mêlée à une trame de fibres végétales grossièrement croisées
et qui apparaissent en général à la surface de la construction. Les dimensions
extérieures varient beaucoup d'un nid à l'autre. Celui-ci est, en effet,
réutilisé à chaque saison et réparé en cas de légers dommages. Ces réparations
se font par apport de matière sur l'édifice ce qui accroît sensiblement
les dimensions extérieures. On a ainsi pu noter sur un nid trois reconstructions
successives qui doublaient la hauteur du nid d'origine. La forme extérieure
ne varie pas beaucoup pour les nids collés au plafond d'une cavité. Par
contre, pour ceux plaqués à la paroi rocheuse, la largeur du décrochement
de la roche choisie par l'oiseau est déterminante, celui-ci se contentant
de construire un mur si le décrochement est d'une largeur suffisante ou
s'il s'agit d'une cavité dans la paroi rocheuse.
En cas de décrochement faible, il procède à la construction d'un
nid à la fois collé et assis sur la roche. La forme intérieure du
nid est toujours la même : il s'agit d'une demi-coupe ovale à larges
bords de 25 cm sur 20 cm. La profondeur varie de 8 à 15 cm. Cette
coupe est assez profonde et l'oiseau la tapisse de fines brindilles
et de radicelles blanches.Celles-ci sèchent rapidement et prennent
un aspect gris brun. Ce revêtement est rude au toucher et le reste,
pendant toute la période de reproduction, le picatharte n'ajoutant
pas de plumes pour améliorer le confort précaire de ses petits. La
présence de ces radicelles annonce la ponte. Etant donné leur emplacement,
les nids sont difficiles à trouver sans une inspection minutieuse
des lieux. On peut aussi les confondre de loin avec les termitières
fréquentes dans la région. Ils sont toujours très bien abrités des
intempéries, ce qui est d'autant plus important qu'ils sont utilisés
pendant la saison des pluies et que les précipitations sont abondantes
et violentes à cette époque.
Les nids sont placés à des hauteurs très variables,
la plupart du temps entre1,50 m et 3,50 m du sol, ce qui est un gage
de protection contre les prédateurs ; d'ailleurs la nichée du nid
le plus bas, situé à 80 cm du sol, a été détruite par un animal. Collés
ainsi à la paroi ou au plafond, les nids peuvent sembler fragiles,
cependant ils durent trois ans au minimum et abritent aisément un
adulte et deux oisillons. Mais il arrive pourtant qu'un nid utilisé
depuis longtemps s'effondre avec la ponte ou les petits. Dans un cas,
il semblerait que les adultes aient prévu l'effondrement de leur construction
: en effet, pendant la grande saison des pluies de l'année 1984, un
couple s'est mis à construire un nouveau nid dans une grotte après
s'être reproduit avec succès dans un premier. A la saison suivante,
le nouveau nid était utilisé et l'ancien qui semblait pouvoir encore
assurer la reproduction, s'était effondré.
La construction d'un nid a pu être observée dans une
grotte. Elle a eu lieu pendant la deuxième quinzaine d'octobre (une
autre construction s'étant située en mars). Les deux adultes étaient
présents. Ils extrayaient la boue d'une flaque d'eau voisine, la transportaient
d'un vol qui semblait plus lourd qu'à l'ordinaire et la plaquaient
sur la paroi en se maintenant face au décrochement choisi. Le temps
consacré à ce labeur peut dépasser deux mois quand les oiseaux n'y
travaillent pas tous les jours. La construction semble en général
précéder la couvaison de plusieurs semaines (5 ou 6). Dans les grottes
ou les surplombs profonds, les picathartes partagent le site avec
une hirondelle : Hirundo fuliginosa. Ce petit oiseau construit
un nid de boue séchée, en forme de demi-cornue, plaqué au plafond
(photo ci-contre) et commence sa reproduction quelques semaines
avant les picathartes.